Comment le voyage est devenu ma maison?

Après 2 mois aux Etats-Unis et 6 mois au bout du monde à Tahiti, je reprends doucement la température de l’Europe pour atterrir en douceur. Je suis donc passée par le Portugal, la Croatie, l’Espagne et pas mal de séjours le long des côtes françaises et en Corse avant de venir poser ma petite valise à la maison, chez mes parents dans ma Normandie natale. Et j’ai de la chance il fait beau!

Difficile de parler du retour de voyage.

Les 15 premiers jours, voir les 3 premières semaines où je commence réellement à me poser, sans bouger, sont, me semble t-il les plus lourdes à porter. Et ce bien que je sois entourée de ma bulle affective au grand complet: parents, grands-parents, amis… qui d’ailleurs au bout du compte, j’ai du mal à quitter après cette nouvelle phase de « sédentarisation ».

buenos-aires

Seul mon état d’esprit peut changer cette pesanteur. Mais je ne sais pourquoi, malgré l’envie de revenir, chaque année depuis que j’ai quitté la France et que j’y reviens seulement de façon épisodique (plus ou moins longue), replonger dans cette vie presque devenue une parenthèse entre deux voyages, aujourd’hui m’asphyxie, m’emprisonne, me paralyse pour entreprendre toute action.

Il m’apparaît presque, que seuls les moments où je me sens véritablement actrice de ma vie, libre de mes mouvements, de mes pensées, d’être moi sont ceux qui m’emmènent loin de mon univers familier, de celui où j’ai grandit et où pourtant tant de choses me retiennent.

J’ai du mal à comprendre ce déséquilibre qui me bouleverse à chaque fois. Le stress qui m’envahit et soudain brouille toutes mes pensées, remet en question tous mes projets. Non pas que j’ai l’habitude, même en voyage, d’être dans l’extrême fluidité, mais je me sens plus connecté à qui je suis, plus apte à suivre mes envies, plus en phase avec les personnes qui croisent ma route, à moins que ce ne soit moi qui croise la leur.

Voilà où j’en suis maintenant, dans cette phase de transition. J’ai envie de rester mais déjà j’étouffe. Je suis rentrée en France il y a 2 mois, mais je n’ai cessé de la traverser  sans réellement me poser afin de ralentir le processus du retour. Et là, après une semaine d’immobilisme, on croirait presque que mon corps est en phase léthargique et je perds toute motivation. Je sais, que comme pour tout, le temps fait son travail et que je vais chialer comme une madeleine quand je vais repartir et devoir à nouveau quitter mon clan.

« Qui a l’habitude de voyager… sait qu’il arrive toujours un moment où il faut partir. »(Paolo Coelho)

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Mais au fond de moi, la clé de ma liberté, ce qui m’appelle dans ma nature profonde, c’est de repartir sur les routes du monde, découvrir de nouveaux environnements, de nouvelles personnes, apprendre à vivre autrement, ressortir de « ma zone de confort ». Et au moment même où j’écris ces mots, je commence à me demander si les choses après plus de 3 ans d’errance ne se sont pas inversées. « Ma zone de confort » ne me semble plus être là où je le pensais. Vivre dans ma ville natale est presque un challenge, une vie à réinventer.

Aujourd’hui, au fond, ma maison, c’est ma valise, mon voyage, là où la majeur partie de mon temps est installé et vécu.

« Être la même ailleurs, ce qui change tout. »

Mais dès que je remonte dans l’avion, et malgré la peur au ventre (car accessoirement je flippe de l’avion depuis toujours! ) je sais que c’est pour aller retrouver ma vie, mon envol, ma liberté. Me rencontrer encore et me retrouver moi telle que je suis, telle que je me perçois. Rencontrer des étrangers qui me voient aussi comme cette personne. Je ne suis plus la petite fille, la copine d’enfance, l’ado souriante mais renfrognée, timide, ou je ne sais quelle autre étiquette ou projection.

Non, je suis juste moi. Je n’ai plus de décalage entre la perception des autres et la mienne. Cette reconnaissance de l’être est pour moi essentielle à l’épanouissement et la légèreté de l’être. Ne plus avoir à se conformer à des idées plus ou moins vraies qui certes nous appartiennent aussi. Nous sommes au fond la somme de toutes nos personnalités, j’en conviens. Mais justement une somme évolutive et non figée dans le temps. Le retour, par je ne  sais quelle magie, provoque la régression, à la fois confortable en apparence car il suffirait de ne pas résister et de se laisser porter, mais il provoque aussi une forme de rébellion qui donne envie d’hurler: Regarde et entend qui je suis! Quand je dis ça c’est sans prétention, il ne s’agit pas de dire, qu’on est mieux qu’avant ou moins bien, mais seulement différent. Alors oui, j’ai envie de repartir non pas pour fuir comme je l’entends encore parfois mais pour vivre libre tout simplement.

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Car le voyage n’est pas une fuite en avant mais un retour vers soit, une quête personnelle, une façon de se nourrir et d’apprendre sans rester assis sur une chaise, mais en étant confronté à la vie dans l’action, qui nous demande de nous adapter sans cesse, de créer, de se découvrir des compétences qu’on imaginait pas, de devenir à l’infini.

« On voyage non pas pour échapper à la vie, mais pour que la vie ne nous échappe pas. »

quebec

 

 

♦ As-tu aussi déjà ressenti ce déséquilibre intérieur? Si oui à quelle occasion? N’hésite pas à partager ton expérience dans les commentaires 🙂

 

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9 thoughts on “Comment le voyage est devenu ma maison?

  • 6 octobre 2016 at 21 h 19 min
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    Tout comme toi je me sens chez moi partout… mais libre ailleurs qu’ici… ce qui m amene souvent à penser que tout plaquer serait une bonne solution pour changer ma vie, m’épanouir autrement, m’enrichir de tout et vivre une expérience humaine autre que celle où je Vis, fuir cet environnement de haine et d’hypocrisie, ce monde trop commercial et superficiel ou la plupart des personnes pense à leur apparence, leur biens mobiliers/immobiliers, leur travail, leur enfants (et encore…. on est sympa!) sans se soucier du monde qui les entoure. « Le monde »… pas le monde comme ces personnes l’entendent, je parle de « ce monde » invisible pour ces personnes: celui qui partage, celui qui vit d’un rien, celui qui sourit aux inconnus, celui qui a la bonté en soi, celui qui aime quelque soit les différences, lee cultures ou les apparences…
    Cest la que je ressens ce déséquilibre intérieur, ma vie est ici mais je suis en cage. Je ne suis pas moi, je me renferme, je me camoufle, je m’adapte à « l’ambiance » parisienne Metro boulot dodo… Tout plaquer c’est renoncer à mon boulot (ma ressource financière), mon mari ma famille. Ma maison, ma voiture, je m’en fout. Je serai seule je me pencherai sur la question et oui je partirai pour retrouver mon vrai moi, et enfin exploiter mes vraies valeurs.
    Tu es l’exemple que tout peux arriver dans la vie, tu n’es pas la seule dans mon entourage à avoir fait ca et j’admire cet état d’esprit ! Merci de partager tes états d’âme de globe trotteuse, ca me fait du bien !

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    • 9 octobre 2016 at 21 h 08 min
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      Merci Delphine pour ton message. « Ma vie est ici mais je suis en cage. » C’est exactement l’expression que j’utilisais pour parler de ma vie d’avant. « Ma cage, mon carcan, ma prison » et pourtant pour plein de gens, elle était loin d’être inconfortable. Tu sais il y a beaucoup de familles qui voyagent. C’est même l’histoire d’une famille qui m’a inspiré au départ. Je vais la partager dans mes inspiration, la famille Zapp. Tu pourras lire leur histoire, tu verras, on peut bien plus que ce qu’on croit. Et surtout on peut sortir de sa cage malgré tout ce qui nous retient. Il paraît que pour sortir d’une prison, la première chose à savoir c’est qu’on est enfermé. Alors je te souhaite de trouver ta clé. Si mon histoire peut t’inspirer à créer la tienne tel que tu le souhaites alors ce blog aura pris la fonction que je souhaite lui donné.
      Bisous
      Caro

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  • 7 octobre 2016 at 2 h 01 min
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    Pies para que los quiero si tengo alas para volar frida Khalo
    ton beau récit me faut penser à ces paroles de Frida Khalo
    ‘C est beau de sincerité Caro! … merci et gros bisous où que tu sois!’

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    • 9 octobre 2016 at 21 h 19 min
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      Merci Nini! ça me touche que tu me lises 🙂 C’est marrant, je viens de découvrir les message sur le blog aujourd’hui (j’ai du mal formater quelque chose) Et cet après-midi je regardais un reportage sur la vie de Frida Khalo justement. J’aime beaucoup cette phrase et l’esprit de liberté qu’elle aspire.
      Je t’embrasse.

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  • 23 novembre 2016 at 20 h 44 min
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    coucou mickael de toulouse, j’aimerai beaucoup qu’on fasse connaissance, car ton blog est bien !!! car il a une particularité, c’est qu’il y a moins de photos que les autres, mais bien plus de ressentis personnel et ca !!!! tu l’as formulé d’une façon qui exprime une bonne partie de ce que je suis. C’est pour cela que échanger nos impressions me plairait beaucoup. En tout les cas le meilleur remède qu’on puisse avoir dans la vie, c’est de suivre son cœur !!!!!! or de toute contrainte 🙂 parole d’un routard dans l’âme.

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    • 24 novembre 2016 at 19 h 52 min
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      Salut, merci Mickael pour ton retour sur le blog. J’essaie à travers ce blog de partager mon expérience du voyage alliée à « ma désorganisation ».De donner quelques astuces pour voyager au passage. En effet, je partage ton point de vue sur le fait de suivre son coeur et son instinct. Avec ce mode de vie, je ne suis pas tout le temps sur mon ordi mais on pourra discuter à travers les commentaires pour échanger nos point de vues ou qui sait quelque part sur la route 🙂

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  • 9 mars 2017 at 18 h 43 min
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    Tu sais tres bien mettre des mots sur des situations..pour ma part je suis guide par un instint…et j evite de me poser trop de questions…et ca ce fait seul..comme guide par je ne sais quoi

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  • 7 juillet 2017 at 7 h 59 min
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    Coucou Caro,
    Je viens de « tomber » sur ton article, et c’est un grand bol d’air et d’aventure ! Merci pour ce partage.
    De mon côté j’ai toujours aimé voyager, sans pouvoir le faire autant que je voulais ou comme je voulais, surtout depuis quelques années, mais j’ai voyagé autrement. Et contrairement à toi, j’ai besoin ou envie d’avoir un espace à moi. Un nid que je retrouve, même après 1 an d’absence. Je n’y suis pas enracinée, car mon espace c’est là ou je suis, mais j’aime autant parti que revenir.
    Tu as visiblement trouvé ta place dans cette valise qui voyage d’un bout à l’autre du monde, mais pour faciliter le séjour en famille, peut être as tu besoin, toi, de regarder différemment et d’accepter cette petite fille et cette ado qui font partie de toi. Car changer le regard des autres, c’est d’abord changer notre regard sur nous même. Remercier ces parts de nous qui ont été là, toujours, quand nous en avions besoin, et qui nous ont permis d’être qui nous sommes !
    A bientôt pour la suite de tes aventures 🙂

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  • 7 juillet 2017 at 12 h 17 min
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    Coucou Sandrine, je rentre régulièrement de mes voyages, et avec le temps de plus en plus souvent 😉 Tout évolue, même les envies. Toutes les questions que tu soulèves sont complètement d’actualité dans ma vie . Tu parles de nid et d’espace à toi. Je ressens aussi le besoin de ses moments ou justement je pourrais me ressourcer dans mon propre espace. Quand à la petite fille , elle porte surement encore un peu de culpabilité de faire ses propres choix … Malgré ces questionnements je trouve encore à travers les voyages la réponse à mes besoin d’évasion , de nouveauté, de rêves. L’idéal c’est certain ça serait de réussir à avoir le tout. Pouvoir avoir une bulle où se ressourcer et être libre de voyager aussi souvent et longtemps que je le souhaite. Je ne te cache pas, que c’est mon rêve du moment et mon prochain objectif 😉

    Comment voyages tu de ton côté? Es tu expatrié?

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